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Note de la réalisatrice

Mon père, tuberculeux, a séjourné de longues années en sanatorium, principalement avant ma naissance, puis dans ma petite enfance. J’ai été très marquée par la distance et les absences que la maladie instaurait entre mon père et moi.

C’est la relecture attentive des lettres de mon père à ma mère pendant ses séjours forcés à la montagne qui m’a décidée à aller à Davos. Ecrites avant et pendant la seconde guerre mondiale, elles n’évoquent pas seulement la maladie mais aussi la situation politique de la Suisse. Mes parents étaient d’autant plus sensibles à la montée du nazisme et à la fermeture progressive des frontières que mon père était suisse et ma mère juive hongroise.

J’ai choisi de retracer, de manière fictionnelle, mon propre cheminement, par un récit en voix off à la première personne où, en donnant à entendre certaines lettres de mon père, je mène une enquête sur Davos et ses sanatoriums, lieux de soin dont j’ignorais la face cachée et violente.

Je découvre ainsi que suite à la « Belle Époque » des sanatoriums, celle du temps suspendu et des soirées déguisées, l’Histoire a fait une intrusion brutale à Davos. En effet, cette petite ville, connue pour son « air pur », ses établissements de luxe, et son paysage, sera bientôt un lieu très particulier où se croiseront, d’un côté officiers nazis (hôtes des sanatoriums sous contrôle direct du Reich), et victimes du nazisme de l’autre, avec, à la fin de la guerre, l’épisode burlesque des aviateurs américains, internés suite à un atterrissage forcé sur territoire suisse et pressés d’en découdre avec l’ennemi qui parade dans les rues du village.

J’éprouve, au cours de l’enquête, la nécessité de confronter le langage parfois très direct et daté de mon père sur la situation de l’époque avec le point de vue documenté d’historiens qui ont étudié de près (notamment lors du travail de la commission Bergier) l’histoire suisse de la seconde guerre mondiale.
Copyright © Louise Productions 2009