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La suisse et les réfugiés

En mai-juin 1940, des milliers de soldats français, marocains et polonais qui fuient l’invasion allemande trouvent refuge en Suisse le long du Jura. De 1940 à 1945, la Suisse reçoit plus de 200’000 réfugiés qui sont internés dans des camps et astreints à des travaux (agriculture, construction…) En revanche, les réfugiés juifs qui sont interceptés à la frontière sont en majeure partie refoulés et trouveront la mort dans des chambres à gaz. Dès avril 1933, un arrêté du Conseil fédéral affirme que « les Israélites ne doivent pas être jugés comme réfugiés politiques ». En septembre 1938, c’est la Suisse qui demande à l’Allemagne de faire apposer un tampon distinctif « J » sur les passeports des Juifs allemands et autrichiens qui se précipitent en Suisse après l’Anschluss et la Nuit de Cristal. Jusqu’en août 1942, ceux qui se présentent aux poste-frontière suisses sont en partie admis, en partie refoulés. Ceux qui parviennent à entrer clandestinement sont souvent sauvés. Mais le 13 août 1942, une circulaire du DFJP annonce la fermeture des frontières. Les réfugiés ayant fui pour raisons raciales ne sont pas considérés comme réfugiés politiques. Heinrich Rothmund, chef de la division fédérale de police, estime que « la barque est pleine ». Cette mesure reste largement en vigueur jusqu’en juillet 1944, date à laquelle Berne accepte d’accueillir tous les réfugiés civils dont la vie et l’intégrité corporelle sont menacés. C’est une reconnaissance implicite des Juifs comme réfugiés. Mais à cette date, il ne reste alors pratiquement plus de Juifs menacés aux alentours de la Suisse… Selon le rapport Bergier, publié en décembre 1999, au moins 24’000 réfugiés, dont une large majorité de Juifs, ont été refoulés durant la guerre. Le chiffre est probablement plus élevé en raison des nombreux dossiers détruits depuis la guerre.
La dureté des autorités de l‘époque est motivée par le refus de croire au pire. Pourtant Berne est informé fin 1941 sur les massacres de Juifs à l’Est. A fin 1942, l’existence des camps de la mort ne fait plus de doute, mais le Conseil fédéral ne change pas de politique au nom de la « raison ». La plupart des cantons font savoir, entre 1942 et 1943, qu’ils ne sont pas disposés à accueillir de nouveaux réfugiés. L’antisémitisme latent est largement répandu dans les milieux dirigeants suisses et ceci dès le début du XXè siècle. Une bonne partie de la classe politique estime que les Juifs sont « difficiles à assimiler » et menacent d’ « enjuiver » la Suisse (H. Rothmund). La politique suisse à l‘égard des Juifs peut aujourd’hui être qualifiée de honteuse. Les frais de séjour des 29’000 Juifs acceptés ou tolérés en Suisse entre 1933 et 1945 (21’000 pour la période de guerre) sont facturés à la communauté israélite suisse. C’est un lourd fardeau pour une communauté de moins de 20’000 personnes. Il faudra attendre 1995 pour que le Conseil fédéral présente des excuses officielles au peuple juif.

Source : TSR
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